© Pierre Jamet - atelier du midi

 


DU BONHEUR ET RIEN D’AUTRE ::
EXPOSITION COLLECTIVE

 

• 1 > 15 JUILLET :: TOUS LES JOURS 15H-19H
• VERNISSAGE :: 4 JUILLET À 19H
• GALERIE L’ATELIER DU MIDI, 1 RUE SAUVAGE, ARLES

 

Si le thème du bonheur participe de toute l’histoire de la photographie, notamment depuis l’apparition des petits boitiers vers 1900, pourquoi se fait-il si rare dans la photographie d’aujourd’hui ? C’est sur ce postulat que nous sommes partis pour engager cette exposition dans une réflexion sur les rapports entre les pratiques photographiques, les images qu’elles produisent, et cette notion de bonheur qui, somme toute, reste difficile à cerner. Si de nos jours le bonheur n’est plus une promesse car il est devenu un droit, si nous sommes entrés dans l’ère de la nécessité du bonheur, de quelle manière l’image photographique est-elle associée à ce besoin d’euphorie perpétuelle ?

Le bonheur est autonome et n’a besoin d’aucune réalisation matérielle extérieure ou humaine pour pouvoir exister, nous dit-on. Donc, « revenir à nous » et à ces moments simples de la vie, suppose qu’être heureux ne nécessite qu’une disposition à l’être, rien de plus, sans attente et sans protocole. Et la magie de la photographie, dans sa capacité à documenter, est de réussir à saisir ces instants de grâce, révélés souvent après coup. Du côté des auteurs, cette tendance de la photographie trouve son apogée dans l’entre-deux guerre et au cours des années 1950, avec ce désir de montrer plus d’humanité après les cruels traumatismes de la guerre. Cette photographie dite Humaniste enregistra des moments fugaces de la vie quotidienne, des instants fugitifs qui produiront des images pleines de bonheur et d’insouciance, visions souvent partagées par les amateurs qui nourrissent leurs albums de famille de clichés sans prétention, mais terriblement vivants, singuliers et collectifs. « Leur bonheur est dans l’album », disait Arthur Chaingy…

Il suffit de voir les photographies de Pierre Jamet pour comprendre qu’avec Robert Doisneau ou Willy Ronis, il était au cœur de cette disposition à transformer en images des petits riens du tout qui tous nous ravissent encore aujourd’hui. Il y a certes cette nostalgie qui nous colle à la peau, qui fait que nos sentiments sont exacerbés par un passé ou une jeunesse irrémédiablement perdus, mais dans ces visions de bonheur, bien au-delà du « c’était mieux avant », il y a l’idée d’un partage entre un photographe, des sujets et des spectateurs. La force de Pierre Jamet est d’avoir transformé son outil photographique en une boite magique capable de transmettre à d’autres photographes les possibilités d’inscrire dans leur photographies d’infinies variations sur le bonheur, des vacances aux instantanés de la vie, de l’enfance à la famille, tels Bernard Plossu, Guillaume Gesneste, Anne-Sophie Costenoble, Jean d’Alger, Lionel Pralus, Jean Michel Rillon, Colette Pourroy, Graziano Arici ou encore Hervé Szydloswski…

Aussi, autour de Pierre Jamet s’agrègent d’autres photographes dont les propositions dépassent la joie de vivre. En effet comment suggérer le bonheur quand celui-ci ne tient pas derrière un rire, une attitude ou un événement ? Quand on ne parvient pas à imager précisément ce que l’on ressent devant la contemplation d’un beau paysage ou un jardin (David Tatin, Thierry Dana ou Karine Maussière), un verre de bière et d’autres plaisirs minuscules (Virginie Blanchard, Romain Boutillier ou Lucie Pastureau), on transcende plastiquement l’image par des équivalents significatifs (Elsa Leydier ou Laurent Golaz). Cette notion de petit bonheur intérieur réunit nombres de photographes pour qui cet état agréable qui lie l'esprit et le corps, repose sur des moments de plénitude.

De plus, le renouvellement du thème du bonheur dans la photographie a été marqué par un regain d’intérêt porté aux amateurs. Solennelle au 19ème, naturelle dans les années 1970, compulsive avec le numérique, la photo de famille est toujours le reflet des jours heureux. Pas de famille sans photos de famille, pas de rituel sans bonheur, et pas d’exposition sur le bonheur qui tiendrait à l’écart cette mine d’or. L'album ne supporte ni le chagrin ni la douleur. Si dans les années 1960-1970, la photo de famille se métamorphose en restant fidèle à son principe de base : la représentation du bonheur, le bonheur ne s'affiche plus au garde-à-vous, il se saisit dans le mouvement au quotidien. Et pas étonnant qu’aujourd’hui, près de la moitié des images sur le Net sont des photos de famille.

Quand bien même les mélancoliques adhéreraient encore au propos de Jules Renard "J’ai déjà connu le bonheur, mais ce n’est pas ce qui m’a rendu le plus heureux", cette exposition participative devrait nous mettre du soleil au cœur, en replaçant le bonheur au cœur de nos envies d’images qui donnent envie d’être heureux, tout simplement.