Archive 2010


William Ropp :: Mémoires rêvées d'Afrique

William Ropp vous invite à découvrir « Mémoires rêvées d’Afriques » : une exposition, un livre publié aux éditions de l'oeil.


Le photographe français vient de sortir un nouveau livre, « Mémoires rêvées d’Afriques », avant de s’envoler pour Stockholm où il a inauguré notamment en compagnie de Joël Peter Witkin le musée Fotografiska, la plus grande collection photographique au monde. Son livre de 51 images en noir et blanc, à contre courant de tant de clichés africains, propose une physionomie symbolique de l’enfance, une réalité à la fois africaine et universelle, accouchée à l’envers, d’un rayon de lumière, traversant puissamment l’orifice du songe. In/out of Africa.

Photographier l’Afrique piège souvent l’auteur dans la surexposition de la misère, du sable et de la poussière. Parce que ces photos parlent. Parce que ces photos payent. Elles délivrent un message immédiat et nécessaire sans aucune ambiguïté. Elles s’imposent aux photographes comme elles submergent ses spectateurs. S’écoeurer, réflexe obligé. A l’origine de ce « théma » permanents, les festivals de photoreportages et autres workshops d’humanités qui glorifient depuis tant d’années cette exploration de l’oeil occidental, fasciné par l’altérité radicale, à laquelle ils attribuent des récompenses aussi indiscutables que répétitives. Photographier la misère africaine et d’ailleurs tamponnera toujours n’importe quel témoignage de la marque du vécu rehaussé du lustre flatteur de la dénonciation. Avec son dernier livre, « Mémoires rêvées d’Afriques », William Ropp propose un autre itinéraire, un hors piste symbolique en pays Dogon, du Mali au Sénégal, suivant l’approche du photographe de fine art, d’un collectionneur d’êtres humains, d’un obsédé des chairs, transposant la quiétude de son studio aux cieux ouverts des paysages-écrins. Ouvert aux hasards, en recherche d’intériorités non factices, William Ropp livre une série de photos d’enfants universels (en évitant soigneusement les canons de la photographie d’enfance) fixant au-delà de l’image une pensée qui n’appartient qu’à eux, au milieu d’une nature onirique, dont ils paraissent, au fond, un prolongement natif, une ramure charnelle. Une pensée, un rêve qui nous regarde et nous traverse aux croisements des lignes d’horizon entre eau et ciel et terre et eau.

Au fil des années, William Ropp a imposé sa marque dans l’univers de la photographie internationale tout en restant en marge de ses courants passagers. Depuis toujours, l’auteur collectionne les attitudes non maîtrisées des êtres humains, en les plongeant dans l’obscurité du studio pour les révéler en image et à eux-mêmes, en les peignant doucement d’un faisceau de lumière. Ce procédé de dévoilement, cherchant un homme dans la nuit avec une simple lanterne, insiste sur les défauts de la peau, les creux, les pleins, les aspérités en modifiant les structures du corps et des visages, comme pour aller au bout d’un projet de la nature sans cesse contrarié par la volonté de paraître. Ses photographies cherchent ce moment rare du relâchement de l’individu dans sans lutte contre lui-même et le monde. Il est dépouillé et plein de lui-même, nu, toujours nu. Chair et esprit volontairement exsangue de toute existence sociale. Vestige de volonté vaincue libérant l’être de ses velléités épuisées. La mise au point se crispe délicatement sur les regards enfermés, fixes ou lointains dans des attitudes qui rappellent la première vocation théâtrale du photographe fuyant la fugacité des tableaux éphémères et sans doute trop lisibles.

Sébastien Di Silvestro (extraits)

Pratique
Exposition, 3 rue du Séminaire
du 3 au 13 juillet :: 11h-20h