© Joël Tettamanti

 

Joël Tettamanti :: Local Studies - Arles

Invité d'honneur du Festival Voies Off 2009
Exposition du 7 juillet au 30 septembre 2009

 

Plus d'informations sur l'artiste : www.tettamanti.ch

"Je n'ai jamais dit que je détestais un lieu, même pas quand je suis allé au Luxembourg photographier une centrale nucléaire. J'y découvre toujours un motif intéressant, quelque chose d'irréel peut-être." (Joël Tettamanti)

 

Né en 1977 au Cameroun, Joël Tettamanti a grandi au Lesotho et en Suisse. Photographe de voyage moderne, il arpente, comme de nombreux photographes avant lui, des contrées connues et inconnues dans toutes les régions du globe, mais sans se documenter au préalable et sans jamais consulter de guides de voyage. Il lui suffit de savoir comment atteindre sa destination. Livré à lui-même, Tettamanti ne suit pas un programme photographique préétabli. Il travaille à l’instinct, trouvant son inspiration au gré d’errances et de rencontres fortuites qui lui inspirent des images à la fois poignantes et sereines. Évitant les paysages connus et les sujets ressassés, il cherche des images qui révèlent quelque chose de l’identité d’un lieu telle qu’il la perçoit sur le vif. En Islande (« Where is my giant? », 2008), par exemple, le photographe se lance dans un véritable corps-à-corps avec une nature majestueuse, d’une beauté sidérante, dont tout semble avoir été dit et montré, pour en saisir au final l’essence peu spectaculaire mais néanmoins emblématique.

De 1997 à 2001, Joël Tettamanti se forme en communication visuelle et photographie à l’Ecole Cantonale d'Art Lausanne (ECAL). Ses premiers projets traitent du paysage dans les montagnes suisses (« Cols alpins », 2001) et les agglomérations du Plateau (« Stadtland Schweiz », 2002). Par la suite, des commandes pour des revues comme Hochparterre, Das Magazin ou Wallpaper lui permettent de se rendre dans des pays lointains où, au terme d’un long voyage en avion, il ne s’arrête généralement que peu de temps. Tettamanti aime le décalage horaire, le sentiment de se réveiller à contretemps en un lieu où l’on n’est, intérieurement, pas encore vraiment arrivé. Tel un somnambule, il se retrouve invariablement dans des lieux inhabités et désolés qui ne dévoilent leur charme qu’à la lumière incertaine entre chien et loup.

Joël Tettamanti s’intéresse aux lieux de passage, aux lieux-limites, comme les cols alpins et les frontières nationales (« Ondarribi », France et Espagne, 2003), parce que ces endroits sont à la fois ouverture et clôture, en même temps sauvegarde d’une identité connue et incitation à la découverte d’inconnu. Grand saute-frontières entre les cultures, le photographe sillonne le globe, du Groenland au Mexique, de la Chine à l’Espagne, dans des paysages où la présence humaine est à peine perceptible, des villes d’où la nature est pratiquement bannie. Il pose son regard sur les constellations d’objets avec lesquelles les gens « meublent » les lieux où ils vivent - échafaudages absurdes, abris provisoires, blocs d’habitation, quartiers tentaculaires, ruines sans âge. Corps étrangers dans un environnement en apparence familier, à la frontière entre utilisation et délabrement, comme des « containers » oubliés ou laissés là par hasard, dont ni l’observateur ni le photographe ne savent plus ce qu’ils contiennent ni à quoi ils servent. Ils apparaissent souvent dans un vide atmosphérique qui confère à leurs structures et leurs formes une similitude superficielle, une parenté intérieure mystérieuse. Ils sont là et attendent, dit Tettamanti, jusqu’à ce que leurs détails insignifiants, révélés par la qualité sensuelle de la lumière, commencent à parler de manière suggestive. Joël Tettamanti ne donne pas d’explications. Non seulement il veut voir le monde autrement, mais encore il veut dévoiler un autre monde, irréel peut-être mais néanmoins familier - un monde en perpétuel changement.

Décalage également au plan technique. Tettamanti photographie lentement et avec une précision méticuleuse. Comme les photographes du 19e siècle, il se sert d’une caméra grand format avec trépied, et travaille avec des temps d’exposition très longs et des négatifs couleurs 4x5’'. Mais ensuite, par le truchement de leur numérisation en haute résolution, il catapulte ses images dans le 21e siècle ; converties en séries de données électroniques, elles entrent dans le catalogue virtuel de notre culture moderne. L’exposition « Local Studies » est inspirée du livre éponyme de Joël Tettamanti, réalisé avec le soutien du Musée d’Art Moderne du Luxembourg (MUDAM) et paru en 2006 chez Edition etc, Berlin. Hormis les photographies qui figurent dans cette publication, l’exposition montre une sélection de travaux plus récents.

Martin Gasser :: Fondation suisse pour la photographie