Archive 2011

 

L'HOSTE art contemporain :: Portrait

Matthias Olmeta, M Lafille, Guillaume Chamahian, Lucy Luce et Reeve Schumacher exposent une galerie de portraits croisés tendant à se défaire de toute attache temporelle.

© Matthias Olmeta
© Matthias Olmeta


Le portrait est un « miroir qui se souvient », miroir que vient troubler l’intention de l’artiste, inévitablement. Si l’on considère le portrait comme la représentation physique, psychologique et sociale d’une personne en rapport avec son époque, les portraits de cette exposition tendent à se défaire de toute attache temporelle.

Dans les photographies de Matthias Olmeta, les contours du visage s’estompent pour se fondre dans une obscurité qui permet au sujet d’échapper à toute référence. Point de décor, d’habits ou d’objets, d’attributs ou d’oripeaux : cet enfant est d’ici et il est d’ailleurs, il a toujours existé – impression que souligne le choix d’une technique venue d’un autre temps. Dans une sorte de mise à nu, la matière photographique (nitrate d’argent sur collodion) offre un contraste saisissant avec la nature que l’on prête volontiers à l’enfant, mélange d’insouciance et de légèreté. Les yeux, miroirs de l’âme, sont au centre d’une spirale qui nous attire. Le regard est profond et pénétrant, et la beauté de ces êtres est une beauté sans âge, qui sait refuser les canons traditionnels.

M Lafille propose, elle, un troublant jeu de miroirs où la Vénus de Milo, contemplée, réfléchit sa beauté sur celui qui l’admire, visiteur-quidam qui, à son tour, devient sujet représenté. Alors, inconsciemment ou presque, l’anonyme impressionné prend la pose, il irradie. Le temps s’arrête, la vidéo capture l’instant. Vénus, éternellement figée, ensorcelle le passant qui parfois – simple automatisme ou réflexe – s’empresse de s’emparer de son image, pixellise le grain de marbre et emmène avec lui cette Vénus sans cesse renouvelée.

Dans le film photographique de Guillaume Chamahian, le visage disparaît complètement. « Mais où sont-ils ? » a-t-on envie de demander… On : seul et ultime spectateur de ces villes fantomatiques, de ce théâtre du chaos, de ces portraits urbains qui donnent à voir ce qui a été bâti, puis anéanti, et qu’il faudra reconstruire – tabula rasa inévitable autant que nécessaire. L’homme, dont la vulnérabilité n’a d’égale que sa prétention, ne fait que passer. « Où sont-ils ? » Nous l’ignorons. Mais ces portraits sont là pour nous rappeler que l’homme a été, et que bientôt, peut-être, il ne sera plus.

Les bijoux de Lucy Luce font état de nos restes et magnifient ce qui subsiste du corps humain après la mort. Le fragment, par sa nature même, rend toute identification immédiatement impossible ; il devient alors la pièce d’un puzzle imaginaire. Mais le « reste », ici, n’est pas destiné à l’enfouissement et encore moins voué à la disparition. Après s’être séparée de la bouche, la dent, devenue parure, ornera – union déroutante – le doigt ou le cou de génération en génération.

Les dessins-collages de Reeve Schumacher, ainsi que ses sculptures, témoignent de ce même attachement aux restes humains. Son affection pour la matière et son intérêt pour les mathématiques ne privent en aucun cas ses œuvres d’une dimension spirituelle : ses portraits, entre écorchés et surréalistes, offrent une vision onirique, quasi mythologique, de l’être, dans un espace-temps indiscernable. Comme si ces personnages étaient définitivement passés de l’autre côté du miroir…

Autant de portraits croisés qui, délaissant Narcisse, rendent compte de notre passage et proposent un cheminement, une sorte d’invitation à un retour à l’essentiel : Qui sommes-nous ? Où sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ?

Karine Louesdon


Pratique
L'
HOSTE Art Contemporain
du 4 au 10 juillet, de 10h30 à 20h
du 13 juillet au 20 août de 13h30 à 19h30 (fermé dimanche, lundi et mardi)

Contact
L'HOSTE Art Contemporain
http://lhosteart.blogspot.com